À vous, les catéchumènes
Frères et sœurs,
J’aimerais partager avec vous ce que nous vivons depuis la fin de notre catéchuménat.
Car, anciens catéchumènes aujourd’hui réunis en fraternité, il y a encore peu de temps, nous étions exactement à votre place.
Nous étions catéchumènes.
Pendant deux années, nous avons cheminé ensemble. Nous avons découvert la foi, mais nous nous sommes aussi découverts les uns les autres. Nous nous sommes interrogés, nous avons douté, nous avons parfois été bouleversés par une parole, une rencontre ou simplement par l’histoire de celui ou celle qui était assis à côté de nous.
Parce qu’au fil du catéchuménat, quelque chose se passe.
Des personnes qui, au départ, ne se connaissaient pas deviennent peu à peu des frères et des sœurs.
On prie ensemble. On partage. On écoute. On apprend à faire silence. On découvre les blessures et les joies des autres. Et parfois, c’est la foi de celui qui est à côté de nous qui vient réveiller la nôtre.
Nous avons compris une chose essentielle : nous avions besoin les uns des autres.
Alors, avant même de recevoir les sacrements, nous nous étions fait cette promesse :
« Après, on ne se quitte pas. »
Et nous ne nous sommes pas quittés.
Nous avons continué à cheminer ensemble.
Aujourd’hui, nous continuons à nous retrouver, à prier, à partager la Parole, nos vies, nos joies, nos difficultés et nos doutes.
Et finalement, cette expérience nous a permis de comprendre quelque chose que j’aimerais profondément vous transmettre.
Les sacrements ne sont pas une ligne d’arrivée
Le baptême, l’Eucharistie et la confirmation ne sont pas la ligne d’arrivée du catéchuménat.
Ils sont la ligne de départ d’une vie nouvelle.
Nous pensions peut-être marcher vers les sacrements. Aujourd’hui, je comprends que les sacrements nous donnent surtout la grâce de continuer à marcher.
Et ce chemin ne nous demande pas d’être parfaits.
Nous allons nous tromper.
Nous allons douter.
Nous allons parfois tomber.
Mais regardez un enfant qui apprend à marcher.
Il tombe une fois. Dix fois. Cent fois peut-être.
Et personne ne lui reproche ses chutes.
Encore moins son père.
Son père ne compte pas le nombre de fois où son enfant tombe. Il regarde le nombre de fois où il essaie de se relever.
Alors, si nous savons faire cela avec nos propres enfants, comment pourrions-nous imaginer que notre Père céleste nous aime moins lorsque nous-mêmes apprenons à marcher vers Lui ?
Dieu ne nous demande pas de ne jamais tomber. Il nous appelle à toujours revenir vers Lui.
Et peut-être est-ce là l’une des plus belles découvertes de la foi : comprendre que notre faiblesse ne nous éloigne pas nécessairement de Dieu, mais qu’elle peut aussi devenir le lieu où nous apprenons à nous abandonner à Lui.
N’ayez jamais peur d’être chrétiens
Voilà pourquoi j’aimerais vous dire quelque chose avec force :
N’ayez jamais peur d’être chrétiens.
Et soyez-en fiers.
Pas d’une fierté qui serait de l’orgueil. Ce serait précisément l’inverse du message que nous portons.
Mais soyez fiers de ce qui vous est confié.
Parce qu’au cœur du message du Christ, il y a l’une des forces les plus puissantes qui soient :
L’amour.
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Cela peut sembler simple.
Ça ne l’est pas.
Aimer celui qui nous aime est facile.
Mais aimer lorsque nous sommes blessés demande de la force.
Pardonner demande de la force.
Écouter lorsque nous voudrions répondre demande de la force.
Faire silence lorsque notre orgueil voudrait parler demande de la force.
Tendre la main à celui qui nous a blessés demande parfois une force immense.
Alors ne laissez jamais personne vous faire croire que la compassion est une faiblesse.
La douceur n’est pas l’absence de force. C’est une force qui a choisi de ne pas blesser.
Le pardon n’est pas une capitulation. C’est refuser que la blessure décide à notre place de celui que nous allons devenir.
Et aimer n’est certainement pas être faible.
Aimer comme le Christ nous demande d’aimer est probablement l’un des plus grands actes de courage qui nous soient demandés.
Je crois d’ailleurs que c’est là que commence notre véritable transformation intérieure.
Non pas lorsque nous parvenons à convaincre les autres que nous sommes devenus de bons chrétiens, mais lorsque nous apprenons à leur offrir un peu plus de patience, un peu plus d’écoute, un peu plus de pardon.
Lorsque nous laissons notre orgueil s’effacer pour faire davantage de place à l’autre.
Lorsque nous acceptons de ne pas toujours avoir raison.
Lorsque nous comprenons que l’amour du Christ ne se proclame pas seulement avec des mots, mais qu’il se vit, parfois dans les gestes les plus simples de notre quotidien.
Une foi qui ne reste pas entre les murs de l’église
Alors allez-y.
Osez.
Prenez des initiatives.
Aimez.
Donnez.
Recevez.
Priez.
Trompez-vous même parfois.
Et recommencez.
Parce que votre foi ne doit pas seulement vivre ici, entre les murs d’une église.
Elle doit sortir avec vous.
Elle entrera dans vos maisons, dans vos familles, dans votre travail, dans vos amitiés, dans votre manière de regarder celui que vous ne comprenez pas, celui qui souffre et même celui qui vous a blessés.
Et sans forcément vous en rendre compte, quelque chose changera autour de vous.
Je le vois aujourd’hui dans ma propre vie.
Lorsque j’étais catéchumène, je ne mesurais pas encore tout ce qui était en train de bouger en moi.
Parce que nous pensons parfois que nous sommes simplement en train d’apprendre à connaître le Christ.
Et puis un jour, nous comprenons que, pendant tout ce temps, c’est Lui qui était en train de transformer notre manière d’aimer.
Nous découvrons alors que la foi ne consiste pas seulement à chercher Dieu, mais aussi à apprendre à Le laisser agir en nous.
À accepter que Sa volonté prenne peu à peu le pas sur la nôtre.
À comprendre que nous ne sommes pas appelés à devenir celui que nous voudrions paraître aux yeux des autres, mais celui que le Seigneur nous appelle à devenir.
Et cette transformation ne s’arrête pas au baptême.
Elle ne fait que commencer.
Vous êtes les sarments de la vigne
Vous êtes les sarments de la vigne.
Vous recevez la sève, mais vous êtes appelés à porter du fruit.
Et un fruit ne pousse pas pour lui-même.
Il porte en lui quelque chose qui donnera la vie ailleurs.
Cette image me touche profondément, parce qu’elle nous rappelle que ce que nous recevons ne nous appartient pas exclusivement.
La foi, l’amour, la miséricorde, la paix que le Christ dépose en nos cœurs ne sont pas destinés à rester enfermés en nous.
Ils sont appelés à grandir, à mûrir et à être partagés.
Un sarment ne porte pas du fruit par sa seule volonté. Il le fait parce qu’il demeure relié à la vigne, parce qu’il reçoit cette sève qui lui donne la vie.
Et nous aussi, nous avons besoin de demeurer reliés au Christ.
Mais nous avons également besoin de nos frères et de nos sœurs.
C’est ce que notre cheminement ensemble m’apprend chaque jour.
Nous ne sommes pas toujours d’accord. Nous n’avons pas tous la même sensibilité, la même histoire, la même manière de vivre notre foi.
Nous avons nos fragilités, nos maladresses, parfois nos incompréhensions.
Mais nous apprenons à cheminer ensemble.
À nous accueillir dans nos différences.
À ne pas regarder uniquement ce qui nous sépare, mais à reconnaître Celui qui nous rassemble.
Car la fraternité ne consiste pas à rechercher des personnes qui nous ressemblent.
Elle nous invite à apprendre à aimer celles qui sont différentes de nous.
Et c’est peut-être là que notre foi commence véritablement à porter du fruit.
Alors, vous aussi, portez cette vie.
Allez vers les autres.
N’ayez pas peur de témoigner.
N’ayez pas peur d’aimer.
N’ayez pas peur d’être vus comme chrétiens.
Soyez forts d’aimer.
Soyez forts de pardonner.
Soyez forts d’avoir de la compassion.
Et soyez fiers d’être chrétiens.
Porteurs d’espérance
Vous qui êtes aujourd’hui catéchumènes, vous ne mesurez peut-être pas encore tout ce qui se construit en vous.
Vous êtes en recherche, vous vous interrogez, vous découvrez la Parole et vous apprenez progressivement à reconnaître la présence du Christ dans votre vie.
Mais vous êtes déjà porteurs de quelque chose qui vous dépasse.
Vous êtes porteurs d’espérance.
Parce que votre démarche témoigne qu’au milieu de nos incertitudes, de nos blessures et de nos difficultés, il existe encore cette soif de lumière, cette recherche d’amour et de vérité qui nous pousse à avancer.
Et cette espérance, vous serez appelés à la transmettre.
Non pas en donnant des leçons.
Non pas en cherchant à convaincre à tout prix.
Mais simplement en vivant votre foi.
En témoignant par vos actes.
En accueillant celui qui se présente à vous.
En laissant le Christ transformer votre regard sur le monde et sur les autres.
Parce qu’un jour, sans même le savoir, vous serez peut-être cette parole, cette présence ou cette main tendue qui permettra à quelqu’un d’autre de retrouver son chemin.
Et c’est ainsi que la vigne continue de porter du fruit.
Le commencement d’une vie nouvelle
Et lorsque viendra le jour de vos sacrements, souvenez-vous :
Ce ne sera pas la fin de votre chemin.
Ce sera peut-être simplement le moment où le Christ vous dira :
« Maintenant, viens. Nous allons marcher ensemble. »
Et si vous tombez ?
Relevez-vous.
Votre Père est là.
Il ne vous demande pas d’être parfaits. Il vous appelle à Lui faire confiance, à accueillir Son amour et à apprendre, jour après jour, à aimer comme Il nous aime.
Pour ma part, je suis profondément heureux et fier d’appartenir au Christ.
Et je suis heureux de pouvoir vous appeler aujourd’hui mes frères et mes sœurs.
Car nous sommes tous en chemin.
Nous avons tous encore tant à apprendre, tant à découvrir, tant à recevoir et tant à donner.
Mais une chose me semble désormais essentielle :
Nous ne sommes pas appelés à garder la lumière pour nous-mêmes. Nous sommes appelés à la laisser rayonner.
Alors allez-y.
Marchez.
Aimez.
Pardonnez.
Portez du fruit.
Et surtout, ne perdez jamais cette espérance qui vous a mis en chemin.
Car vous êtes les sarments de la vigne, et le Christ vous appelle à porter du fruit pour les autres.
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